Musique mauritanienne : Le défi des droits d’auteur

Si la Mauritanie commence à formaliser son secteur culturel, l'application réelle des droits d’auteur reste un immense chantier. Entre piratage numérique, vide juridique et blocages sociétaux, le premier forum organisé à l’Institut Français de Mauritanie (IFM) a mis en lumière les obstacles qui paralysent les créateurs.

Le choc du numérique face à l'amateurisme

Le principal défi de la nouvelle génération réside dans le manque de formation. Beaucoup de jeunes artistes mauritaniens se contentent de produire des morceaux et de les diffuser à l'aveugle, espérant simplement gagner en notoriété. La star du Hip-Hop Didier Awadi a fermement dénoncé cet amateurisme, rappelant que les plateformes de streaming exploitent massivement la musique des artistes africains à leur insu et sans la moindre contrepartie financière, faute d'enregistrements et de contrats en bonne et due forme.

Le piège de la copie privée

L'expert sénégalais Aziz Dieng a rappelé que la révolution numérique a brisé les anciens modèles économiques. Si la loi mauritanienne de 2024 intègre désormais le mécanisme de la rémunération pour copie privée (le système DEC : Droits, Exception, Compensation) et l'étend aux écrivains et journalistes, son application technique reste floue. Sans un toilettage approfondi des textes et un appui de l’OMPI, cette loi risque de rester une coquille vide face aux réalités du marché.

Les lourdes pesanteurs socioculturelles

Au-delà de l'aspect purement juridique, la musique mauritanienne se heurte à des barrières mentales et religieuses tenaces. Mohamed Ould Abba, président du Conseil des professionnels des arts, a mis les pieds dans le plat en évoquant le discours qui diabolise la musique et la considère comme « Haram ». À cela s'ajoutent des stratifications sociales traditionnelles qui continuent de reléguer les griots à un statut de citoyens de seconde zone, freinant la reconnaissance de la musique comme une véritable profession économique.

Sortir du sommeil pour imposer le respect

Face à ces défis cumulés, les acteurs culturels tirent la sonnette d'alarme. Pour Hameth Ly (Studios OLPAC), les artistes doivent cesser de brader leur travail pour un simple billet d'avion ou une invitation. Le grand défi de 2027 sera de transformer la perception de l'art en Mauritanie, pour qu'une œuvre protégée devienne, à l'image des grands standards internationaux, un patrimoine durable et une source de revenus respectée