Ghazouani confirme qu'il quittera ses fonctions demain ou après-demain et que l'objectif du dialogue est de parvenir à une réforme globale et durable pour le peuple mauritanien, transcendant tout intérêt partisan ou personnel.
Samba Thiam appelle à l'adoption du français, à la libération des militants détenus et à l'ouverture des médias publics à toutes les forces politiques.
Nana Mint Cheikhna Ould Mohamed Laghdaf appelle à stopper les partisans du Président qui sensibilisent publiquement un troisième mandat.
Noureddine Mohamedou appelle à la lutte contre la corruption, le tribalisme et le régionalisme.
Lo Gourmo demande la levée des restrictions imposées aux partis ayant rempli les conditions de reconnaissance et la libération immédiate d'Ould Ghadda.
Samory Ould Bey appelle à une plus grande équité dans la répartition des richesses.
Alakhbar a obtenu des informations sur les discussions qui se sont tenues aujourd'hui mardi 6 janvier 2025 au palais présidentiel entre une délégation de dirigeants de l'opposition et le président Mohamed Ould Ghazouani, dans le cadre des préparatifs du lancement du dialogue politique.
Selon des sources de l'agence, la délégation de l'opposition comprenait Samba Thiam, Noureddine Mohamedou, Lo Gourmo Abdoul, Nana Mint Cheikhna Ould Mohamed Laghdaf et Samory Ould Bey. Le représentant de l'Alliance Populaire Progressiste (APP) s’est absenté, sans que les raisons à l’origine de son empêchement ne soient connues.
Le président Mohamed Ould Ghazouani était accompagné du Ministre secrétaire général de la présidence, Moulaye Ould Mohamed Laghdaf et du ministre Directeur du cabinet du Président, Nani Ould Chrouga,.
Adoption du français
Selon des sources ayant parlé à l'agence de presse, Ould Ghazouani a suggéré aux participants d'utiliser le français lors de leur réunion afin d'éviter les pertes de temps liées à la traduction. Les participants ont accepté et les discussions ont commencé.
Les représentants des cinq groupes d'opposition ont pris la parole avant qu'Ould Ghazouani ne prenne la parole et ne commence à répondre à leurs requêtes et observations.
Sujets variés
D'après les mêmes sources, le chef de l'opposition, Samba Thiam, a été le premier à s'exprimer. Il a insisté sur la nécessité d'entamer les démarches préliminaires au dialogue et de renforcer la confiance entre les différents acteurs politiques. Il a notamment souligné l'importance de libérer les militants détenus et d'ouvrir les médias publics à toutes les forces politiques.
Lors de son intervention auprès du président Ould Ghazouani, M. Thiam a fait remarquer l’adoption de certains membres du gouvernement d’une position négative vis-à-vis du dialogue et leur refus d'y participer. Il s'est interrogé sur les raisons de cette attitude et sur la possibilité d'un succès du dialogue dans de telles conditions.
Figure de proue, Nana Mint Cheikhna Ould Mohamed Laghdaf, a débuté son intervention en disant représenter un parti politique ayant rempli toutes les formalités d'agrément prévues par la nouvelle loi, sans pour autant obtenir le récépissé.
Mint Mohamed Laghdaf a également fait remarquer que certains les discussions ouvertes faites par des leaders du parti au pouvoir et de la majorité qui soutient le président Ould Ghazouani d'un troisième mandat à travers divers canaux, notamment WhatsApp, appellant le président à y mettre un terme.
Le chef de l'opposition et président du parti Mauritanie en avant, Dr Noureddine Mohamedou, a déclaré au président Mohamed Ould Ghazouani qu'ils avaient pris note de ses récents discours au Hodh Charghi concernant la lutte contre la corruption, le tribalisme et le régionalisme, disant qu’ils n'avaient produit aucun résultat.
Ould Mohamedou a insisté sur le fait qu'ils ne tiendraient ni Ould Ghazouani ni son régime responsables des dialogues précédents et de leurs résultats, et qu'ils ne le tiendraient pas pour responsable de ces concertations passées. Ils ont toutefois reconnu et souligné que le succès du dialogue à venir exige un effort particulier et des mesures exceptionnelles afin qu’il soit différend des dialogues précédents.
Le dirigeant et avocat Lo Gourmo s'est longuement exprimé sur la nouvelle loi relative aux partis politiques, la critiquant vivement et affirmant qu'elle restreint considérablement les libertés politiques et aggrave la restriction du droit constitutionnel à l'organisation politique.
Lo Gourmo a également critiqué les mesures prises contre le président de l’ONG Transparency Inclusive Mohamed Ould Ghadda, , exigeant sa libération immédiate.
Gourmo a appelé par ailleurs à une augmentation du quota de représentants de l'opposition à la réunion prévue jeudi 8 janvier courant, et plus particulièrement pour le bloc d'opposition qu'il représente, à 13 représentants au moins, afin de garantir la représentation de tous les partis et forces qui le composent. L’effectif actuel de représentants est insuffisant, a-t-il souligné
Le leader de l’opposition Samory Ould Bey, a, dans son discours, dressé un bilan de la situation générale du pays, insistant sur la nécessité de mesures profondes et rapides pour corriger les disfonctionnements existants.
Ould Bey a abordé plus précisément la situation socio-économique, insistant sur la nécessité de prendre des mesures urgentes pour une plus grande équité dans la répartition des richesses et pour atténuer le fardeau des groupes vulnérables et marginalisés.
Réactions diverses
Ould Ghazouani a répondu aux interventions de l'opposition, disant que le dialogue politique en cours de préparation concerne les intérêts et l'avenir du pays et transcende les pouvoirs et les gouvernements. Il doit également transcender les intérêts partisans et personnels.
Ghazouani a ajouté qu'il quitterait ses fonctions demain ou après-demain, que le dialogue porte sur des questions relatives aux intérêts et à l'avenir du pays. Par conséquent, il ne doit être lié ni au régime ni au gouvernement, ni à des intérêts partisans ou personnels.
Le président Ould Ghazouani a pris acte des propos de Noureddine Mohamedou, chef du parti « Mauritanie en avant », selon lequel, le succès du dialogue exige des mesures et des initiatives novatrices. Ould Ghazouani a ajouté que ces mesures ne seraient possibles que si chacun embrassait un esprit national transcendant les affiliations étroites avec le régime et les partis politiques.
L'objectif du dialogue est de parvenir à une réforme inclusive et durable pour le peuple mauritanien, une réforme qui transcende tous les intérêts partisans ou personnels.
Ould Ghazouani a refusé de préciser le calendrier du dialogue politique, jugeant cela prématuré. Il a exprimé le souhait que le dialogue progresse rapidement et dans un climat positif, et qu'il aboutisse, sans toutefois fixer de délai précis.
Ould Ghazouani a également informé les représentants des forces d'opposition rencontrés ce jour-là de son souhait de voir tous participer à la rencontre prévue jeudi. Il a précisé qu'il s'agissait d'une réunion préparatoire au lancement du dialogue, et non d'une rencontre d'information.
Interrogé par les représentants des forces d'opposition, rencontrés ce jour-là, sur la possibilité d'accroître leur représentation à la session de jeudi, Ould Ghazouani a déclaré ne pas souhaiter s'exprimer davantage à ce sujet.
La présence de l'opposition a été jugée nécessaire compte tenu de la sensibilité du sujet. Ould Ghazouani a précisé qu'il n'y était pas opposé, mais que la question devait être abordée avec le coordinateur du dialogue, Moussa Fall.
Au cours de la réunion, le Président a nié avoir connaissance de partis politiques ayant terminé les procédures d'agrément prévues par la nouvelle loi sur les partis politiques, mais n'ayant pas encore reçu leur récépissé. Il s'est également engagé à libérer prochainement Mohamed Ould Ghadde, directeur de Transparency International.