Valorisation du fleuve Sénégal : Un impact théorique de 1,5 milliard de dollars pour la Mauritanie

Alors que l'économie mauritanienne repose historiquement sur ses richesses souterraines, le projet « Artère Bleue » propose un changement de paradigme audacieux. En détournant une partie des eaux excédentaires du fleuve Sénégal vers le nord aride, cette vision stratégique ambitionne de libérer le potentiel minier, de garantir la sécurité alimentaire et de propulser la transition énergétique du pays.

La Mauritanie possède l'une des plus importantes ressources inexploitées d'Afrique de l'Ouest : les eaux du fleuve Sénégal. En moyenne, environ 22 milliards de mètres cubes s'écoulent chaque année dans l'océan Atlantique, dont une partie reste indispensable à la protection de l'écosystème et du delta. Dès lors, une question cruciale se pose : une part supplémentaire de ce flux peut-elle être mobilisée pour façonner l'avenir du pays ?

Le projet repose sur la création d'un système national d'envergure comprenant :

Des réservoirs et des barrages de régulation le long du fleuve.

Un canal principal ou une importante conduite d'eau s'étendant vers le nord.

Des stations de pompage alimentées par les énergies solaire et éolienne.

Des réservoirs stratégiques le long du tracé.

Des embranchements pour alimenter les villes minières et les zones agricoles.

La première phase opérationnelle table sur le pompage de seulement 5 milliards de mètres cubes par an, soit moins du quart du débit annuel moyen.

Quatre axes d'utilisation sont ainsi proposés :

1. Industrie et mines
Fournir l’eau nécessaire aux zones minières du nord permettra l’implantation d’usines de lavage, de traitement et de concentration du minerai de fer et d’autres minéraux en Mauritanie. Cette dynamique augmentera la valeur ajoutée des exportations, créera des emplois locaux et stimulera les recettes fiscales.

2. Sécurité hydrique
L'infrastructure garantira un approvisionnement stable en eau potable aux villes du nord et du centre, tout en réduisant l’épuisement des nappes phréatiques.

3. Sécurité alimentaire
Le réseau permettra de réhabiliter et d'irriguer entre 400 000 et 500 000 hectares de terres agricoles, selon les types de cultures et les techniques d’irrigation, contribuant ainsi à réduire les importations alimentaires.

4. Énergie et hydrogène vert
Le système fournira l’eau nécessaire aux projets industriels et de production d'hydrogène vert. L’utilisation des énergies renouvelables pour alimenter les stations de pompage permettra de réduire à la fois les coûts d’exploitation et les émissions de carbone.

Une dimension régionale
À long terme, une fois les besoins nationaux satisfaits, la faisabilité d'un réseau régional de transfert d'eau vers les régions frontalières les plus vulnérables du sud du Maroc ou du sud-ouest de l'Algérie pourra être étudiée, sous réserve que des études techniques et économiques ainsi que des accords régionaux en démontrent la viabilité.

Estimation préliminaire
Si le prix de vente moyen de l'eau industrielle ou agricole est fixé à 0,30 $ par mètre cube, l'utilisation de ces 5 milliards de mètres cubes par an pourrait représenter une valeur économique théorique allant jusqu'à 1,5 milliard de dollars par an, avant prise en compte des coûts d'investissement et d'exploitation. Toutefois, si le projet conduit à la création d'industries de transformation des minéraux plutôt qu'à l'exportation brute de la matière première, les gains économiques globaux pourraient largement dépasser ce chiffre grâce à la valeur ajoutée accrue.

Le projet peut être mis en œuvre par le biais de :

Partenariats public-privé (PPP).

Fonds internationaux pour le climat.

Institutions financières africaines et arabes.

Investisseurs spécialisés dans les infrastructures et l'énergie.

Synergies avec les projets d'hydrogène vert pour le partage des coûts d'infrastructure.

Alors que de nombreux pays ont fondé leur développement sur le pétrole, le gaz ou les infrastructures portuaires, la Mauritanie a l’opportunité d’ajouter une autre ressource stratégique à sa richesse : l’eau. Détourner une partie des eaux excédentaires du fleuve Sénégal vers un canal s’étendant vers le nord ne serait pas un simple défi d’ingénierie, mais une initiative souveraine. Elle permettrait de redistribuer le développement, de faire naître de nouvelles villes, de renforcer la sécurité alimentaire, d’accroître la valeur ajoutée industrielle et d’ouvrir des perspectives majeures de coopération économique régionale. L’avenir de la Mauritanie pourrait se construire non seulement grâce à ses ressources souterraines, mais aussi grâce aux eaux qui coulent à sa surface, à condition de planifier et d’investir judicieusement

Babbah Beiby