Porteur d’un message d’Assimi Goïta au président Abdelmadjid Tebboune : Abdoulaye Maïga à Alger pour ouvrir une nouvelle page

Porteur d’un message du général d’armée Assimi Goïta à Abdelmadjid Tebboune, Abdoulaye Maïga ne vient pas seulement inaugurer une nouvelle séquence gouvernementale. Il est chargé de transmettre directement un message du chef de la Transition malienne au chef de l’Etat algérien.

 

Le rapprochement entre Alger et Bamako passe à la vitesse supérieure. Le Premier ministre malien, le général de division Abdoulaye Maïga, effectuera aujourd’hui (NDLR hier) une visite de travail en Algérie, à l’invitation de son homologue algérien, Sifi Ghrieb. 

Il devrait être reçu par le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, et portera à cette occasion un message du président de la Transition malienne, le général d’armée Assimi Goïta, à son homologue algérien, indique un communiqué des services du Premier ministre malien. 

Le déplacement revêt une portée qui dépasse le simple cadre protocolaire. Il intervient après quatorze mois de tensions entre les deux capitales et vient donner une traduction politique concrète au processus de normalisation amorcé depuis juillet. Pour Alger comme pour Bamako, l’enjeu est désormais de «transformer la désescalade diplomatique en une relation de travail fondée sur le dialogue direct, le respect mutuel et la défense des intérêts communs». 

Le signal avait été donné le 9 août. Chargé par le président Tebboune de prendre attache avec son homologue malien, Sifi Ghrieb s’était entretenu par téléphone avec Abdoulaye Maïga. 

Les deux chefs de gouvernement avaient alors réaffirmé leur attachement aux relations de «fraternité, de solidarité et de bon voisinage», et affiché leur volonté de «relancer la coopération dans les différents domaines». 

A l’issue de cet échange, le Premier ministre algérien avait officiellement invité son homologue à se rendre en Algérie. La visite d’aujourd’hui apparaît ainsi comme l’aboutissement direct de cette initiative au plus haut niveau. 

Elle traduit surtout la volonté des deux capitales de reprendre langue après une séquence diplomatique particulièrement tendue. 

Le tournant avait été amorcé le 10 juillet avec le retour des ambassadeurs et la réouverture des espaces aériens. Bamako avait annoncé le retour à Alger de son ambassadeur ainsi que la réouverture de son espace aérien aux aéronefs en provenance ou à destination de l’Algérie. 

Le même jour, le président Abdelmadjid Tebboune avait ordonné le retour de l’ambassadeur algérien à Bamako. Cette séquence avait mis fin à plusieurs mois de refroidissement diplomatique. 

Elle avait surtout permis de rétablir les canaux officiels nécessaires à une reprise du dialogue. La visite d’Abdoulaye Maïga constitue désormais le premier déplacement officiel d’un responsable malien de ce niveau à Alger depuis le déclenchement de la crise. 

Le symbole est fort, mais les attentes le sont davantage encore. Les deux Premiers ministres doivent tenir des séances de travail consacrées aux moyens de donner un contenu concret à la nouvelle phase des relations bilatérales.

 

Le dossier ne se limite pas aux questions diplomatiques. En effet, la sécurité, les échanges économiques, l’énergie, la coopération transfrontalière et les grands enjeux sahéliens devraient naturellement s’inscrire dans cette reprise de contact.

L’autre dimension essentielle de la visite est régionale. Lors de leur entretien du 9 août, Alger et Bamako avaient explicitement affiché leur volonté de renforcer la place du Sahel comme «espace de coopération, d’échanges et de développement commun», dans un climat de sécurité et de stabilité. Cette formulation donne à la rencontre une profondeur stratégique. La frontière algéro-malienne constitue, en effet, l’un des principaux points de contact entre l’Afrique du Nord et le Sahel. Dans une région soumise à une recomposition sécuritaire et géopolitique accélérée, la restauration d’un dialogue stable entre Alger et Bamako revêt une importance particulière. Pour l’Algérie, il s’agit également de préserver sa capacité d’action dans son environnement sahélien, tout en maintenant une ligne fondée sur le dialogue, la souveraineté des Etats et la non-ingérence. Pour Bamako, la reprise du contact avec Alger ouvre la possibilité de «réactiver une relation historique avec un voisin dont le poids politique, diplomatique et géographique demeure considérable». La question de la médiation algérienne dans le dossier malien reste, à ce titre, l’un des sujets les plus délicats. Alger avait joué un rôle central dans les processus de paix au Mali. La nouvelle séquence devra donc déterminer les conditions d’un éventuel retour à une coopération sécuritaire et politique plus étroite. La normalisation demeure récente et devra désormais être consolidée par des actes. La réouverture des canaux diplomatiques et la reprise des visites constituent des signaux positifs ; leur traduction en mécanismes permanents de coopération sera le véritable indicateur de la solidité du rapprochement. La dimension présidentielle de la visite renforce encore sa portée. Porteur d’un message du général d’armée Assimi Goïta à Abdelmadjid Tebboune, Abdoulaye Maïga ne vient pas seulement inaugurer une nouvelle séquence gouvernementale. Il est chargé de transmettre directement un message du chef de la Transition malienne au chef de l’Etat algérien. Ce canal au plus haut niveau intervient après une première reprise de contact entre les deux Premiers ministres. Il suggère une volonté de faire progressivement remonter la relation bilatérale vers le sommet de l’Etat, allant éventuellement vers une rencontre directe entre les deux Présidents

El Watan