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L’organisation internationale Human Rights Watch (HRW) a dénoncé, lundi 19 octobre 2026, de graves violations des droits humains commises par les forces armées maliennes, leurs alliés russes de l’Africa Corps et plusieurs groupes armés opérant dans le centre et le nord du Mali. Dans un nouveau rapport, l’organisation fait état de dizaines de victimes civiles, d’attaques de drones contre des infrastructures civiles et d’exécutions de militaires capturés, appelant l’Union africaine à intervenir pour prévenir de nouvelles violences.
Une recrudescence des violences depuis juillet
Selon Human Rights Watch, les forces armées maliennes et leurs alliés ont intensifié leurs opérations militaires depuis juillet 2026, en réponse à la multiplication des attaques menées par des groupes armés dans plusieurs régions du pays.
Ces opérations, principalement concentrées dans le centre et le nord du Mali, auraient entraîné de nombreuses victimes parmi les populations civiles, notamment lors de frappes aériennes et d'interventions terrestres.
L’organisation souligne que les violences ne sont pas uniquement imputées aux forces gouvernementales. Plusieurs groupes armés sont également accusés d’avoir commis de graves violations du droit international humanitaire, notamment des actes de torture et des exécutions de prisonniers.
Pour établir ses conclusions, Human Rights Watch indique avoir interrogé à distance 30 personnes entre le 30 juillet et le 20 septembre 2026, dont 16 témoins directs, ainsi que des défenseurs des droits humains, des responsables communautaires, des journalistes et un militaire malien.
L’organisation précise avoir également analysé des photographies et des vidéos afin de documenter plusieurs incidents.
Des frappes aériennes aux conséquences meurtrières
Le rapport s’appuie notamment sur des données de l’organisation Armed Conflict Location & Event Data (ACLED), spécialisée dans le suivi des conflits armés.
Selon ces données, les forces maliennes et l’Africa Corps ont mené 49 frappes aériennes entre avril et août 2026, provoquant la mort de 89 civils.
À titre de comparaison, 22 frappes et 44 décès de civils avaient été recensés durant la même période en 2025, ce qui traduit une augmentation importante des opérations aériennes et de leurs conséquences sur les populations.
Toujours selon ACLED, les forces armées maliennes auraient causé la mort de 268 civils entre avril et août 2026, tandis que 134 décès de civils seraient attribués aux combattants du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM).
Ces chiffres, cités par Human Rights Watch, illustrent l’ampleur des violences touchant les populations dans plusieurs régions du pays.
Un marché frappé dans la région de Bandiagara
Parmi les incidents documentés figure une frappe survenue le 19 août 2026 au marché à bétail de Tombonkore, dans la région de Bandiagara, au centre du Mali.
Selon Human Rights Watch, cette attaque, attribuée à un drone militaire présumé, a causé la mort de six civils et fait au moins 20 blessés.
Plusieurs témoins interrogés par l’organisation affirment qu’un appareil avait survolé le village pendant une trentaine de minutes avant de larguer une munition sur le marché, où se trouvaient des commerçants et des habitants.
L’explosion aurait également provoqué la destruction d’étals commerciaux, de motocyclettes et la mort de plusieurs animaux.
Les témoins soutiennent qu’aucun combattant armé ne se trouvait sur le marché au moment de la frappe, bien que des groupes armés soient présents dans les environs.
De son côté, l’état-major malien avait annoncé, le 20 août, avoir mené une opération contre une position présentée comme un refuge de combattants armés dans le secteur de Kilimpo, affirmant avoir neutralisé une vingtaine d'éléments.
Human Rights Watch souligne ainsi l’existence de divergences entre les déclarations militaires et les témoignages recueillis sur le terrain.
Un centre de santé endommagé dans la région de Kidal
Le rapport évoque également une frappe survenue le 29 juillet dans le village de Talahandak, situé dans la région de Kidal, près de la frontière algérienne.
Selon les informations recueillies par HRW, un drone aurait frappé un centre de santé, causant d’importants dégâts aux installations médicales.
Les salles de consultation, la pharmacie, le laboratoire et plusieurs équipements auraient été endommagés, compromettant l’accès aux soins pour les habitants de cette localité.
Des témoins affirment que le bâtiment était exclusivement utilisé pour des activités médicales et qu’aucun combattant ne s’y trouvait au moment de l’attaque.
L’organisation rappelle que les établissements médicaux bénéficient d’une protection particulière en vertu du droit international humanitaire et ne peuvent être pris pour cible, sauf dans les conditions strictement prévues par ce droit.
Des civils victimes d’opérations terrestres
Au-delà des frappes aériennes, Human Rights Watch documente plusieurs incidents impliquant des militaires maliens et des milices alliées.
Dans la région de Ségou, cinq fillettes âgées de 10 à 13 ans auraient perdu la vie le 12 juillet, après que des soldats ont ouvert le feu dans une zone agricole près de Niono.
Selon les témoignages recueillis, les militaires auraient confondu les enfants, occupées à récolter du riz, avec des assaillants.
Des représentants de l’armée auraient ensuite présenté leurs excuses aux familles, reconnaissant une erreur.
Dans la région de Mopti, HRW rapporte également la mort de trois civils lors d’opérations attribuées à des membres d’une milice alliée, les 27 et 28 juillet.
Ces événements soulèvent, selon l’organisation, des interrogations sur le respect des règles de protection des populations civiles pendant les opérations militaires.
Des militaires capturés victimes d’exactions
Human Rights Watch met également en cause des groupes armés opposés aux autorités maliennes.
Le rapport revient notamment sur une attaque menée le 18 juillet contre un convoi militaire dans la région de Gao, près de Tabrichat.
Selon l’organisation, des combattants du GSIM et du Front de libération de l’Azawad (FLA) auraient capturé plusieurs militaires maliens après les affrontements.
Au moins 19 soldats faits prisonniers auraient ensuite été torturés et exécutés, d’après les éléments examinés par HRW.
L’organisation rappelle que les militaires capturés doivent bénéficier d’un traitement humain, conformément aux conventions internationales applicables aux conflits armés.
L’Union africaine appelée à agir
Face à la multiplication des violations présumées, Human Rights Watch appelle le Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine à renforcer son implication dans la crise malienne.
L’organisation recommande notamment la tenue d’une réunion consacrée à la protection des civils, l’ouverture d’enquêtes indépendantes sur les incidents documentés et la mise en place de mécanismes de suivi.
Elle demande également aux autorités maliennes de faire toute la lumière sur les accusations visant leurs forces et leurs alliés, tout en appelant les groupes armés à respecter les obligations imposées par le droit international humanitaire.
Pour HRW, la protection des populations civiles doit rester une priorité, indépendamment de l’identité des acteurs impliqués dans les affrontements.
La publication de ce rapport intervient dans un contexte sécuritaire toujours préoccupant au Mali, où la poursuite des opérations militaires et des attaques armées expose les populations à des risques persistants, particulièrement dans les régions du centre et du nord du pays.